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La préoccupation maternelle primaire (extrait) (Donald W. Winnicott, La préoccupation maternelle primaire, 1956)

Publié par booston sur 4 Mars 2013, 11:26am

Catégories : #Psychologie

Mickey En d’autres termes, l’établissement du moi doit reposer sur un «sentiment continu d’exister» suffisant, non interrompu par des réactions à l’empiètement. Pour que ce «sentiment continu d’exister» soit suffisant au début, il faut que la mère se trouve dans cet état qui, d’après moi, existe vraiment lorsque la mère normale touche au terme de sa grossesse, et au cours des semaines qui suivent la naissance du bébé.

Seule une mère sensibilisée de la sorte peut se mettre à la place de son enfant et répondre à ses besoins. Ce sont d’abord des besoins corporels qui se transforment progressivement en besoins du moi, au fur et à mesure qu’une psychologie naît de l’élaboration imaginative de l’expérience physique.

Et voici qu’apparaît l’existence d’une «relation au moi» (ego relatedness) entre la mère et le bébé, dont la mère va se remettre, et à partir de laquelle l’enfant peut éventuellement élaborer l’idée de la personne de la mère. Vue sous cet angle, la reconnaissance de la mère, comme personne se fait d’une façon positive, normalement, et ne provient pas d’une expérience de la mère vécue comme symbole de frustration. Le défaut d’adaptation de la mère au stade le plus précoce ne produit rien d’autre que l’annihilation du self chez le petit enfant.

Ce que la mère fait bien n’est en aucune façon appréhendé par le petit enfant à ce stade : selon ma thèse, c’est une donnée. Les carences de la mère ne sont pas ressenties comme des carences maternelles, mais elles retentissent comme des menaces contre l’existence personnelle du self

Selon ces considérations, la structuration précoce du moi est donc silencieuse. La première organisation du moi provient du vécu des menaces d’annihilation et dont on se remet chaque fois. Grâce à ces expériences, la confiance dans la guérison va frayer la voie à un moi et à un moi capable de faire face à la frustration.

J’espère qu’on verra ce que cette thèse apporte à notre théorie selon laquelle l’enfant reconnaît la mère comme une mère frustrante. C’est vrai plus tard, mais pas à ce stade très primitif. Au début, la mère déficiente n’est pas ressentie comme telle. En fait reconnaître l’absolue dépendance à la mère ou sa capacité de préoccupation maternelle primaire, suivant le terme dont on la désigne, relève d’une élaboration extrême et d’un stade que même les adultes n’atteignent pas toujours. On ne reconnaît généralement pas la dépendance absolue du début, et c’est ce qui engendre la peur de la FEMME, que l’on trouve aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

Nous pouvons maintenant dire pourquoi nous pensons que la mère du bébé est la personne qui convient le mieux pour les soins du bébé : c’est parce qu’elle a pu atteindre un état particulier de préoccupation maternelle primaire sans être malade. Toutefois, une mère adoptive ou toute autre femme capable d’être malade au sens de «la préoccupation maternelle primaire» peut s’adapter suffisamment bien, en raison d’une certaine faculté d’identification au bébé.

Il semble, d’après cette thèse, qu’un environnement «suffisamment bon» (good enough) dès le stade primaire permet au petit enfant de commencer à exister, d’avoir ses expériences, d’édifier un moi personnel, de dominer ses instincts et de faire face à toutes les difficultés inhérentes à la vie. Tout semble réel à l’enfant, qui devient capable d’avoir un self. Celui-ci pourra même éventuellement accepter de sacrifier sa spontanéité et même de mourir.

D’autre part, sans l’environnement initial «suffisamment bon» (good enough), ce self, qui peut se permettre de mourir, ne se développera jamais. Le sentiment du réel est absent, et, s’il n’y a pas trop de chaos, le sentiment ultime est celui de l’inutilité. Les difficultés inhérentes à la vie ne peuvent pas être abordées, et encore moins les satisfactions. S’il n’y a pas de chaos, on voit apparaître un faux self qui masque le vrai self, qui se conforme aux demandes, qui réagit aux stimuli, qui se débarrasse des expériences instinctuelles en les accomplissant, mais qui ne fait que gagner du temps.

On verra d’après cette thèse que les facteurs constitutionnels se révéleront plus facilement dans des conditions normales, lorsque l’environnement s’est adapté dès les premiers instants. Au contraire, lorsqu’il y a eu carence à cette époque, le petit enfant est pris dans des mécanismes de défense primitifs (faux self, etc.) qui relèvent de la menace d’annihilation, et les éléments constitutionnels ont tendance à être dépassés (à moins de manifestations physiques).

Il faut laisser ici de côté le thème de l’introjection des schèmes pathologiques de la mère chez le petit enfant, bien que ce sujet soit très important par rapport au facteur de l’environnement dans les étapes suivantes, après le premier stade de dépendance absolue.

En reconstituant le développement précoce du petit enfant, il n’y a pas de raison de parler des instincts, si ce n’est sous l’angle du développement du moi.

Il y a une ligne de partage :

  • maturité du moi : les expériences instinctuelles renforcent le moi ;
  • immaturité du moi : les expériences instinctuelles démembrent le moi.

 

Le moi représente ici une somme d’expériences. Le self de l’individu débute par une somme d’expériences : repos, motricité spontanée, sensation, passage de l’actiivté au repos, acquisition progressive de la capacité d’attendre de se remettre des annihilations - celles-ci résultant des réactions aux heurts (impingements) avec l’environnement. C’est pourquoi l’individu a besoin pour un bon départ de l’environnement spécialisé que j’ai appelé «la préoccupation maternelle primaire».

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